Pelmeni de Soumensac

Pelmeni : tradition culinaire

Selon certains, ce serait grâce aux peuples de l’Oural que les pelmeni seraient apparus dans la cuisine russe. Déjà au 14ème et 15ème siècle, les pionniers russes étaient allés explorer ces régions et, selon l’historien Viliam Pokhlebnik, ce plat « existait chez les peuples du nord-est de la partie européenne de la Russie, c’est-à-dire chez les Permiaks, les Komis, les Oudmourtes, ainsi que les Tatars de Sibérie ».

Fédération de RussieCependant, l’auteur note que les pelmeni « ont peut-être déjà été mentionnés en Orient, en Chine et dans d’autres pays d’Asie centrale. » Aujourd’hui, les pelmeni font partie des plats typiquement russes.

Mais depuis quand les pelmeni le sont-ils devenus ?

Jusqu’au milieu du 19ème siècle, aucun livre de cuisine ne faisait mention des pelmeni. Ce plat a longtemps été considéré comme un plat régional, au même titre que la bouillabaisse à Marseille ou le cassoulet à Toulouse.

Pelmeni

Au 19ème siècle, alors que le géographe Grigoriev voyageait en Sibérie, il écrivait dans son carnet de voyage : « L’une des principales choses dans les repas permiaks est l’un de leurs plats, les pelniani. Il s’agit de petits pirojki roulés qui ressemblent à des oreilles et que l’on garnit de viande ou d’autre chose. Si on l’appelle ainsi, c’est parce que dans la langue des permiaks, « pel’ » signifie « oreille » et « nian’ » signifie « pain ». On fait bouillir les pelniani dans de l’eau et on les dispose sur la table. On les mange généralement avec les doigts et rarement avec une fourchette en bois ». En parlant des « permiaks », l’auteur
avait vu juste en ce  qui concernait le peuple des komis : ils avaient leurs propres croyances, leur propre langue et leurs propres coutumes. Ce fut sans doute au 10ème et 12ème siècle, alors que les tribus des komis tombaient sous le pouvoir de Novgorod, qu’un premier contact fut établi entre Russes et Komis. Et ce ne fut qu’au milieu du 15ème siècle que le pouvoir fût transmis aux grands princes moscovites. Ekaterina Avdeeva, une célèbre auteure culinaire du 19ème siècle, mentionne les pelmeni dans son livre « Dictionnaire des mots et expressions employés en Sibérie » (1837) : 

             » Les pelmeni sont aussi appelés « œillets » en Russie. Ils sont préparés avec de la pâte alimentaire que l’on garnit de la viande de bœuf hachée, mais aussi de poisson ou de champignons. Pour les transporter, on les congèle jusqu’à ce qu’ils deviennent durs comme de la pierre (en Sibérie, ils ne peuvent décongeler). Ensuite, on les plonge dans de l’eau bouillante : les pelmeni sont prêts à être dégustés et ils sont délicieux. »

En 1830, dans la revue régionale « Expressions populaires employées dans la province d’Orenbourg », on écrivit une note sur les pelmeni que l’on appelait encore, à l’époque, « permeni » ou « peliani » : « ce sont de petits pirojki cuits qui ressemblent à des boulettes russes et que l’on ne garnit pas qu’avec du fromage mais aussi avec du bœuf. C’est le plat préféré des permiaks. » Si l’on jette un coup d’œil au début du siècle, on verra que les pelmeni étaient considérés comme quelque chose d’exotique.
On trouve par exemple une description de ce plat dans le livre de l’universitaire Nikolaï Cemivskiy « Nouveau récit de la Sibérie Orientale ». Il s’agit en fait d’une description de « gâteaux chinois » : En Chine, on prépare les pelmeni, petites boulettes avec de la viande ou farcies comme les pirojki, le plus souvent en hiver et, lorsqu’il le faut, on les plonge dans de l’eau bouillante et, ce qui est vraiment très bon, c’est de les manger avec de la soupe ou avec du vinaigre rouge.

 

Ainsi, vers le milieu du 19ème siècle, la partie européenne de la Russie considérait encore les pelmeni comme un plat régional au charme exotique. Bien sûr, des gens en avaient entendu parler mais ce n’était pas un plat considéré comme culturellement proche et de consommation quotidienne. Pour les Russes d’aujourd’hui, il en est de même avec la stroganina qui est un plat des peuples du nord et que la majorité des Russes connaît sans y avoir jamais goûté.

Pourquoi les pelmeni ont-ils conquis les cœurs et les estomacs des Russes et se sont-ils ancrés comme un plat traditionnel ? Quel est le secret de leur succès et de leur popularité ?